Excellence Mr le Président de la République,
Excellence Mr le Premier Ministre,
Excellence Mr le Ministre de l’éducation, de l’alphabétisation et des langues nationales,
Mr le Recteur de l’Université de Bamako
Mesdames et messieurs les Enseignants de l’Université de Bamako
Bien chers étudiants
Bon soir ! Et que la paix soit avec vous ! La paix qui est concorde entre les hommes, entre l’Homme et Dieu, la paix qui est bonheur. C’est avec un réel plaisir que je prends la parole, pour apporter notre contribution, la contribution de l’Eglise catholique à la célébration de la journée de l’enseignant. Une contribution certes modeste mais qui honore l’engagement de l’Eglise toute entière dans le domaine de l’enseignement ; car depuis ses débuts sur cette terre africaine du Soudan, du Mali, elle a pris à cÅ“ur la question de l’éducation, de la promotion intégrale de l’Homme dans toutes les dimensions de sa personnalité.
1.L’Eglise de part sa nature est Mère et Maîtresse. Elle est Mère par ce qu’elle engendre à la Vie divine. Elle est Maîtresse parce qu’elle est éducatrice des valeurs qui participent à formation de la personne humaine dans toutes les dimensions de sa personnalité. Elle a un projet éducatif qui fonde et oriente son action pastorale dans le domaine de I’éducation. Et ce sont les enseignants qui constituent les agents principaux et essentiels dans la mise en pratique de ce projet éducatif. Depuis ses débuts, L’Eglise a accepté et encouragé des hommes et des femmes à se dévouer entièrement et totalement à I’enseignement à I’éducation. Ainsi de grandes familles religieuses œuvrent de par le monde dans tous les domaines de I’éducation. On pourrait nommer les Frères des écoles chrétiennes les Frères de l’instruction chrétienne les Frères Mariste les Frères Marianistes les Salésiens et Salésiennes de Don Bosco les Jésuites les Dominicains les Frères du Sacré Cœur. Malgré le charisme éducatif propre à chaque famille religieuse elles ont toutes un point commun qui est la source et le fondement de leur action éducative : la Foi. L’éducation est abord et avant tout un acte foi qui permet de croire qu’en Dieu I’Homme est possible. C’est ce qui stimule leur engagement et justifie le bonheur qu’ils en tirent. Pour les religieux éducateurs le bonheur authentique consiste à s’épanouir en épanouissant I’autre.
2.Excellences I’Eglise est dans le monde de ce temps. Sa vocation est d’être pour tous les hommes de toute race, Culture, Signe et Moyen de réalisation de la Plénitude de leur Etre en les aidant à s’ouvrir sur le monde sur IJ Autre et le Tout Autre. Et cela exige une éducation au sens, un engagement constant et permanent à éduquer et à tous les niveaux. Elle travaille à faire de la culture un lieu de rencontre d’échange, et d’élévation en s’appuyant sur deux constantes essentielles que sont l’AMOUR et le SERVICE. Sans amour et sans esprit de service point de bonheur véritable.
Excellences c’est avec I’éclairage de ces deux constantes que Je vous voudrais aborder le thème de cette communication comme contribution de I’Eglise à la célébration de la journée de I’enseignant à savoir : le Bonheur d’être enseignant. Avant de rentrer dans le vif du sujet permettez-moi d’avoir en ce moment une pensée spéciale pour tous les enseignants de notre pays ceux-là mêmes qui exercent encore leur métier avec un Amour inégalé, avec un esprit de Service, ceux qui pensent encore que le métier d’enseignant est une vocation, un sacerdoce, qu’il n’est pas que recherche d’un bien être personnel même légitime, mais une éducation à la connaissance, à I’être et au savoir être.
3 .Excellences en cette veille de la célébration du cinquantenaire de l’ indépendance de notre pays une autre pensée à l’endroit de tous les enseignants de l’ère coloniale qui ont déjà fait le passage de la vie à la Vie, et qui ont accompagné nos pas d’enfants, d’élèves, et d’étudiants, qui ont participé par la réflexion, l’engagement politique au combat pour la dignité, la liberté, afin que nous devenions ce que nous sommes aujourd’hui.
Excellence Mr le Président de la République
Excellence Mr le Premier Ministre
Excellence Mr le Ministre de l’éducation, de l’alphabétisation et des langues nationales,
Mr le Recteur de l’Université de Bamako
Mesdames et messieurs les Enseignants de l’Université de Bamako
Bien chers étudiants
4.Le bonheur d’être enseignant ! Y a-t-il un bonheur à être enseignant aujourd’hui ?
Qu’est-ce que le bonheur ? Le métier d’enseignant ?
Quels défis pour les jeunes générations d’enseignants en cette veille de la célébration des cinquante ans d’indépendance de notre pays le Mali, le Grand Mali qui jusqu’à présent a connu à sa tête des enseignants ? Autant de questions qui ne nous permettront qu’effleurer le thème que nous abordons maintenant en quatre points :
1- Tous appelés au bonheur 2-Le bonheur est dans la relation 3-L’enseignement : un savoir faire, un métier d’un autre ordre 4-Des défis à relever
1-Tous appelés au bonheur Excellence le bonheur est un état de sérénité de satisfaction et de paix qui découle d’une expérience de relation réussie ; relation avec les semblables relation avec Dieu. Toute notre vie consiste à la recherche de ce bonheur, et Dieu y invite tous les hommes, spécialement les artisans de paix, de la justice les pauvres de cÅ“urs c’est-à -dire ceux et celles qui n’ont rien qu’ils ne peuvent partager. Le bonheur apparaît alors comme une réalité mystérieuse interne à l’homme qui le comble et qu’il tire de la relation du don qu’il fait de lui-même. Maaya ka di. Maa kadi a sogo ko tè ! Le délice de I’humanité ne vient pas de la saveur de la chair humaine.
5.Dans sa réflexion sur I’homme bamanan, réflexion qui a fait I’objet d’une thèse de doctorat en théologie Mgr Mori Julien Marie SIDIBE nous enseigne que I’expérience du bonheur fait partie des jours de tout homme. Pour lui tout homme bipède qu’iI est vit Six jours. Du jour de sa naissance au jour de sa mort, il faisait d’expérience de la dépendance de la responsabilité du malheur et du bonheur. Le bonheur est le propre de l’expérience humaine. C’est en quelque sorte une anticipation de la béatitude infinie post- mortem qui constitue le socle de I’espérance chrétienne et aussi des autres religions monothéistes. La condition sine qua non de notre communion à cette félicité est d’Aimer vraiment et de servir sans espérer en retour.
Excellence Mr le Président de la République
Excellence Mr le Premier Ministre
Excellence Mr le Ministre de I’éducation, de I’alphabétisation et des langues nationales
Mr le Recteur de I’Université de Bamako
Mesdames et messieurs les Enseignants de I’Université de Bamako
Bien chers étudiants
De ce qui précède, nous pouvons déduire que le bonheur est une expérience humaine de la concorde au sens premier du mot (le cÅ“ur avec le cÅ“ur). Il naît et perdure dans la relation interpersonnelle, relation sans artifice, une relation authentique et vraie, qui implique don de soi, passion. 2-Le bonheur est dans la relation : Maaya ye juru yé 6.Oui en effet le bonheur est dans la relation. Pour Mgr Mori Julien Marie SIDIBE la relation est humanité et facteur d’humanisation. Elle constitue le repère d’identification de la personne, du sujet humain en croissance d’humanité. Pour lui la relation humaine qui ouvre au bonheur est quadridimensionnelle : elle est amitié. Mariage, communauté de résidence, ouverture à la transcendance. Maaya ciw do. U bè mogo kè ma yé ! Aristote en ajoute à notre approche du bonheur. Pour lui il est même une activité vitale qui donne une joie immense et qui est vie. C’est l’activité pleinement jouissante d’un être qui est, tout entier, avec son intelligence et toute sa personne, orienté vers plus noble et plus grand que lui. Le bonheur est aussi une aspiration naturelle à tout homme qu’il peut chercher inlassablement s’il ne s’ouvre sur son semblable.Enfin le bonheur est dans la condition laborieuse de l’homme qui est l’application de celui-ci à dompter la nature, son environnement, dont par vocation il a été rendu responsable par le Créateur. De là naît son savoir faire, le métier, la fonction etc.
7 .Excellences, l’enseignant est un Homme. Vir et mulier. Il ne fait exception à la condition humaine telle que décrite ci-dessus. Il a vocation au bonheur, au bonheur vrai, au bonheur durable qui naît de la relation qu’il est amené à tisser avec ses élèves, ses étudiants. Cette relation est son activité son métier. Elle procède du plus profond de lui¬ même, elle lui apporte une joie immense et un réconfort indescriptible. Le cadre de cette relation est I’ école, I’université, la communauté éducative. La cause visée est celle de I’enfant à éduquer jusqu’à la stature d’homme responsable, capable à son tour d’amour et de service. Si tel est I’Homme et tel est I’enseignant pourquoi ne serons nous pas heureux dans le métier que nous avons choisi ? Pourquoi tant d’enseignants crient leur misère alors même qu’ils exercent I’un des métiers les plus estimés, les plus nobles, dignes etc.Que manquerait-il à I’enseignant d’aujourd’hui pour que le bonheur soit enseignant ?
3-l’enseignement : un savoir faire, un métier d’un autre ordre Le métier qui est le nôtre comporte principalement une dimension morale non seulement parce qu’il implique la responsabilité des enfants que I’on nous confie mais aussi parce qu’il suppose de leur transmettre des valeurs éthiques.
8.L’enseignant apparaît alors comme un communicateur de sens et un témoin avéré d’un savoir être qui privilégie la relation au monde au semblable. Il est un point de ralliement une source de connexion permanente pour tous où il est reconnu pour ce qu’il est. Les bases de données qu’il propose sont éprouvées par le temps et avérées comme telles. Elles font sa sagesse. Or le propre de la sagesse est d’être communiquée, enseignée : L’enseignant est alors le sage qui sait et sait être avec. Avec qui ? Les éléments constitutifs de son espace- temps. Tout ce qu’il dit et fait avec les autres est une auto-communication de lui-même. Il n’est heureux qu’en se communiquant, qu’en se donnant. Son bonheur est dans le don de lui-même pour faire d’autres lui-même et pourquoi pas plus que lui même. Sa récompense est plus la reconnaissance que le numéraire aussi juste et légal qu’il puisse paraître.
Excellence Mr le Président de la République
Excellence Mr le Premier Ministre
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Mr le Recteur de l’Université de Bamako
Mesdames et messieurs les Enseignants de l’Université de Bamako
Bien chers étudiants
9.L’enseignant doit être considéré comme un serviteur de la cause de l’homme, un éducateur à l’humanité intégrale, qui seule est capable de combler durablement. Pour cela « le maître doit être un caractère estimable, généreux et désintéressé : sa manière de parler, de se conduire, de se comporter avec les élèves, de répondre à leurs demandes, de les interroger, de les louer, de réclamer leur attention est une leçon qu’ils n’oublieront jamais ».L’enseignant exerce plus qu’un métier lucratif, mais un apostolat de haut degré qui est source de joie intime, de bonheur, dans la conscience de rendre un service de haute valeur à l’humanité. La déclaration du concile Vatican Il sur l’éducation qualifie le métier d’enseignant de « belle et lourde vocation qui requiert des qualités toutes spéciales d’esprit et de cÅ“ur, la préparation la plus soignée et une aptitude continuelle à se renouveler et à s’adapter ».
Excellence Mr le Président de la République
Excellence Mr le Premier Ministre
Excellence Mr le Ministre de l’éducation, de l’alphabétisation et des langues nationales,
Mr le Recteur de l’Université de Bamako
Mesdames et messieurs les Enseignants de l’Université de Bamako
Bien chers étudiants,
Pour que l’enseignement devienne source de bonheur pour nous aujourd’hui, il nous faudra repenser notre acception du bonheur, et du métier d’enseignant. Le véritable bonheur est dans la formation, dans l’éducation de l’Homme à devenir ce qu’il est. Ce travail est celui de l’enseignant qui éduque au savoir et au savoir être. Maa ladon ani maa baya ! C’est ce qu’exprimait une enseignante, professeur d’allemand au moment de tirer sa révérence de son activité : « être enseignant ressemblerait assez à une tapisserie au petit point, dont l’envers peut révéler, au travers des nÅ“uds et des fils multicolores entrelacés, la patience et l’intérêt porté aux jeunes ..... Le métier d’enseignant est riche, parce que dynamique en pâte humaine ..... nos compétences doivent être à la fois professionnelles et psychologiques : c’est beaucoup demander ! Tel est en fait le véritable intérêt du métier ..... On ne quitte pas trente-huit années d’enseignement sans regarder dans le rétroviseur : ce fut un choix, je ne l’ai jamais regretté. Peu lucratif, pas tellement honorifique au regard de notre société, ce métier a été pour moi un chemin d’épanouissement. » Je conclus que l’enseignement peut être un chemin d’épanouissement, et par conséquent un chemin de bonheur, à condition de relever quelques défis :
D’abord celui de la conscience de la grandeur de notre métier en l’exerçant comme un sacerdoce aussi bien par la compétence professionnelle que par le témoignage de vie. Or le sacerdoce implique l’amour, le service, le don de soi, la souffrance etc.L’absence de cette conscience a créé chez beaucoup de nos amis enseignants le réflexe de faire comme les autres, en se fourvoyant loin de la noble cause qui est la Leur pour pactiser avec le dieu argent avec le vice et toutes les autres formes de transaction de I’honneur et de la dignité. L’enseignant se doit de garder toujours à I’esprit qu’il fait partie des REPERES de la société. Et cela est une consécration une reconnaissance un hommage.
Et enfin le défi de la refondation du système de formation des enseignants en prenant en compte la connaissance de I’Homme dans notre culture puis en valorisant I’aspect vocationnel et déontologique du métier.
Excellence Mr le Président de la République
Excellence Mr le Premier Ministre
Excellence Mr le Ministre de I’éducation de I’alphabétisation et des langues nationales,
Mr le Recteur de I’Université de Bamako,
Mesdames et messieurs les Enseignants de I’Université de Bamako,
Bien chers étudiants,
Le professeur Joseph KI ZERBO et Monseigneur SIDIBE ont consigné dans deux écrits dont les titres sont très évocateurs : « Eduquer ou périr » et « mon peuple meurt faute de connaissances ». C’est l’expression d’une angoisse « I’angoisse, d’un monde » en gestation d’une humanité nouvelle qui en appelle à ses Maîtres, à ses enseignants, à ses professeurs, pour éduquer ses enfants, pour en faire des hommes responsables qui aiment leur pays et qui le servent avec Amour. En reconnaissance de ce qu’ils auront été, Je vois déjà une main invisible écrivant sur leur tombe en lettres d’or cette paroles : Maa ko de bè ma segen Maa ladon de bè maa kè maa ba yé Il y’a plus de bonheur à donner qu’à recevoir
Je vous remercie
Monseigneur Jean ZERBO Archevêque de Bamako



